La Palme d’or 1982, «Yol», du cinéaste turc Yilmaz Güney, a été projetée vendredi dans la section Cannes Classics.

Le Parisien du 20 mai 2017
La Palme d’or 1982, «Yol», du cinéaste turc Yilmaz Güney, a été projetée vendredi dans la section Cannes Classics.

Un jour, il faudra faire un film sur ce film. Projeté vendredi dans la section Cannes Classics, «Yol» est non seulement la Palme d’or bouleversante de 1982, dénonçant la condition des Kurdes en Turquie et notamment des femmes, mais sa fabrication est digne d’un roman noir. Car ce drame, qui met en scène cinq prisonniers kurdes qui rendent visite à leurs proches lors d’une permission, a été écrit et «réalisé» depuis une prison turque.

Lorsqu’il entame le scénario de «Yol», le cinéaste Yilmaz Güney, déjà incarcéré par le passé pour «propagande communiste», puis pour avoir hébergé des étudiants anarchistes, purge une peine de quinze ans pour sa supposée participation au meurtre d’un juge.

«Un symbole pour les Turcs»

Mais derrière les barreaux, Güney continue de publier des romans et de signer des scénarios. En 1981, il demande même à son ami le réalisateur Serif Gören de réaliser «Yol» sur ses indications. Yilmaz Güney échange avec son équipe par courrier et, quelques mois plus tard, il parvient à s’évader pour s’exiler en France, où il montera son film.

Sélectionné au Festival de Cannes, « Yol » remporte la Palme. Déclenchant son interdiction en Turquie (qui durera dix-sept ans) et la déchéance de nationalité de Güney. Le cinéaste mourra en France deux ans plus tard d’un cancer, à l’âge de 47 ans, et sera enterré au Père-Lachaise.

«Yilmaz Güney est un symbole pour les Turcs. Pour l’ensemble des progressistes, sa Palme d’or a été reçue comme un acte de soutien», rappelle Umit Metin, coordinateur de l’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie : «Alors que les minorités en Turquie traversent à nouveau une période très difficile, c’est un signe fort que Yol soit encore montré à Cannes», poursuit-il.

Umit Metin se réjouit que, le 28 mars, le Conseil de Paris ait décidé de baptiser un square du Xe arrondissement du nom du réalisateur. Pour Thierry Frémaux, délégué général de Cannes, «Yol » est «l’une des légendes qui ont fait de Cannes une terre de liberté».

 

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